J’ai rédigé ce texte avec des phrases directement prélevées dans des lettres de l’époque conservées dans ma famille. J’ai simplement réorganisé les extraits, mélangé certaines anecdotes, rajouté quelques expressions, changé les pronoms pour aller vers l’oral.

Ils sont partis 40 , 40 …

 

Cela fait onze jours que nous n’avons plus de nouvelles. Mais, hélas, que vont-ils encore supporter ? Ce n’est pas juste !

Pas juste de les faire retourner à Verdun où les combats y sont de plus en plus terribles !

C’est affreux, ce n’était pas à eux à retourner à Verdun ! Oh non ! Ce n’est pas possible que nous supportions ce chagrin , c’était trop de bonheur pour nous d’avoir été épargnés jusqu’à ce jour…

 

Depuis août 1914, Rougon vit au rythme des préparatifs, des départs, des permissions refusées ou acceptées ; certains sont au front, d’autres en attente à Nice, Digne, Marseille ou Entrevaux…

 

Rougon est triste, mais la vie continue au village comme sur le front malgré la Guerre, malgré tout…

 

Pour sûr, du coup, Léonide se prépare : il a tué le cochon hier, un bel animal de 30kg ! Bougre ! 30 kg, ça nourrit son homme … Comme il tardera pas à partir, il se dépêche de finir de le manger son cochon ! Pourvu qu’il nous fasse pas une ‘emboligue’ … il va devoir marcher pour rejoindre son affectation : 5 jours sans trop savoir vers où !

 

Des nouvelles, on en a .

Pour les lettres, ils les reçoivent aussi bien dans les tranchées comme au repos. Vous voyez, tout marche bien ! Faut bon courage en attendant et bon espoir de se revoir un jour à notre cher Rougon.

 

En Janvier 1915, ils ont  mangé le gâteau des rois , toute la chambrée. Ils ont bu un litre de vin blanc chacun… ils ont fini saouls comme des bourriques , ça leur a rappelé le temps passé à Rougon.  Bah, vaï, on ne se fait pas de mauvais sang : la Guerre sera vite terminée.

A Nice, il fait un temps superbe ; il fait même chaud ; ils voient même promener les dames avec l’ombrelle ! L’ombrelle ! C’est bien une idée de la ville ça…

Dès les premiers jours de mars , ils ont été en premières lignes. Que voulez – vous ? … Il faut bien servir son pays … Comme maintenant, ils sont toujours aux avant postes, mais les boches sont assez loin et ils sont assez tranquilles, excepté quelques obus qui passent en sifflant sur la tête. La première fois, ça fait trembler mais ils s’y s’habituent. Après, ils sont pas mal pour manger. On leur apporte la soupe sur place, jusqu’aux premières lignes ; le soir, vers 8h, on leur apporte le café, le matin aussi  avec une bonne goutte de blanche : ça  réchauffe quand il a fallu passer la nuit …

Ils sont entre (gens du ) ‘pays’ là-bas. Alors, il faut tâcher de se faire affecter à la 12ème : il n’y a que la peine de dire à celui qui affecte qu’ il y a un ‘pays’ et que cela ferait plaisir d’être ensemble et c’est sûr d’y être : il ne faut pas avoir honte de demander.

 

Malmont , le Curé…Il a envoyé une bague ‘souvenir de guerre’ en ‘iluminium’ à Julia et une à Agnés… Elles sont très contentes car la bague est bien à leur goût et elle leur va très bien. Aussi, pour leur remerciement, elles lui ont envoyé un colis pour lui faire goûter le beurre …Oh ! bé ! Ca nous a fait blaguer un moment … Aquéu Cura ! ! !

 

La nouvelle institutrice est très gentille pour les petits ; aussi ils y vont volontiers maintenant à l’école. Elle les prépare tous pour leur faire faire la petite guerre tant pour les filles que pour les garçons. Chacun aura sa partie à jouer qui infirmière, qui gradé, enfin qui une chose, qui une autre, ils se procurent fusil, baïonnette, pantalon, capote et képi…

 

Ce soir, il y a eu un peu de vacarme, chose qui n’était plus arrivée depuis bien quelques mois. Je pense qu’on a voulu fêter le dernier dimanche que Léon reste ici. Aussi Léon, Maxime, Emile, Graillon, Jules et Edouard ont joué un lapin et ce soir, ils l’ont mangé. Je leur ai vendu 4 litres de vin, 3 hectos (1,5 kg !) de biscuits et 2 hectos de fromage… Depuis bien longtemps on n’avait plus joué aux boules à la Terrasse et je vous assure que ça m’a fait un drôle d’effet. Ca m’a rappelé quand ils étaient tous ici et qu’ils étaient toujours au nombre des joueurs.

Pauvres enfants ! Ils restent un mois sans pouvoir se nettoyer. C’est cruel, c’est misérable !

 

Eloi a été cité à l’ordre du jour pour avoir reçu une petite égratignure par un éclat d’obus et avoir continué à se battre.

Tous ceux du front donnent tous bon courage !

 

Enfin, patience après un temps, il en viendra un autre…

 

Texte de SUSINI/MARIANI Nadine

LA  GRANDE  GUERRE

1914/1918

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