Piou  habitait la maison en face de l’actuel Bistrot de Pays (le point multi service). A noter que l’histoire du surnom ‘Piou-Piou’ est une pure invention de ma part ( que j’ai imaginé drôle vu le poids du bonhomme!!!) mais le reste est authentique.

« Fernande, une de nos grandes anciennes, m’a raconté qui a habité cette maison pendant 5 ans dans les années 30 : c’était un personnage original qui avait été nommé garde forestier pour la forêt domaniale des Gorges du Verdon ; il s’appelait Pierre PIOU, tout le monde l’appelait Piou, les enfants riaient parfois en l’appelant entre eux « piou-piou » : ce colosse de 120 kilos était breton et il portait les cheveux longs. A l’époque c’était pas trop la mode si bien qu’il avait droit régulièrement à des remontrances de son brigadier-chef qui trouvait que cela n’était guère seyant quand on portait un képi et qu’on était un représentant d’un corps aussi prestigieux que les Eaux et Forêts !!

 

Cette force de la nature était un grand marcheur : il partait de Rougon vers 4 heures du matin pour faire sa tournée d’inspection et ne revenait qu’à la tombée du jour après avoir signalé d’éventuels incendies, réparé les chemins du domaine forestier ou compté le nombre de bêtes sur les pâturages appartenant aux Eaux et Forêts pour faire payer aux bergers la taxe de pacage.

 

Il était passionné d’astronomie et au village on s’amusait de le voir regarder le ciel avec sa lunette. Il avait la manie de tout noter sur un petit carnet noir qu’on a retrouvé il y a dix ans dans les gravats à l’intérieur de la maison qu’il louait : il y notait justement des relevés et des calculs concernant la lune, mais aussi la température extérieure et même celle de sa chambre ; les hivers étaient froids et les maisons guère chauffées : un jour qu’il faisait moins 9 degrés dehors, il faisait seulement 6 degrés chez lui ! Heureusement qu’il avait des réserves avec ses 120 kilos pour résister à pareille froidure !

 

Il allait jusqu’à noter le prix du café qu’il prenait chaque matin avant sa tournée à l’hôtel Gibelin en bas au Point Sublime, ou la température des eaux du Verdon, quand il descendait surveiller les pêcheurs, car notre homme était aussi garde-pêche.

A ce propos, un jour que je déchiffrais les notes de son carnet, j’ai remarqué, qu’à chaque descente au Verdon, il inscrivait des signes cabalistiques comme « B…d…P… » ou « B… » tout court ou « deb… ». Après m’être bien torturé la cervelle j’ai fini par éclaircir le mystère : notre ami Piou indiquait que tel jour il avait pris un Bain de Pied, tel  autre un vrai Bain dans le Verdon et que les jours plus frais il s’était contenté d’un débarbouillage. Comme ces ablutions ne devaient pas être prévues dans ses obligations de service, il avait préféré brouiller les pistes au cas où, sans doute, son brigadier serait tombé sur son fameux petit carnet noir !!

 

Sacré Piou, il n’en reviendrait pas s’il savait qu’on parle encore de lui au village plus de 75 ans après ! »

 

TEXTE  de  GARCETTE  Jean

PIOU

Garde  forestier dans les années 1930 / 1935

©Mariani Nadine

©Mariani Nadine

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BALADE  THÉÂTRALE 

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