Révérence ! Ici, nous sommes en terre seigneuriale… Dans le château de Messire Brun de Castellane, Seigneur de Caille de Rougon, s’il en est ! ! !

Aqueù Seigneurs ! Fin 1684, pour conserver leur vocation protestante, ils emballent tout : linge, argenterie, vaisselle et même meubles, tout ce beau monde s’escape vers l’Italie : le Seigneur et son fils Isaac par le Nord, ces dames par Nice et ‘lampe’ rendez -vous à Lausanne…

Ah, il est beau l’héritier ! ! ! Isaac Brun de Castellane ! ! Son père l’aime guère, celui-là, il le cache même ! Le garçon est sournois, querelleur, incapable de travail, peu porté sur l’étude, chétif, mal venu, aux goûts canailles… Un beau Seigneur que voilà !

En plus, pour continuer à déplaire à son Seigneur de père, Isaac présente fort peu de goût pour la religion réformée, il  y préfère les fastes de la religion catholique… Le père est furieux, il châtie le fils à coup de nerf de bœuf , lui impose la diète enfermé dans une écurie… En 1696 , il annonce la mort de son fils Isaac, mort de ‘dessèchement’, par excès de travail provoqué par un amour trop grand des mathématiques… On a bien rigolé à Rougon : mort par trop d’étude ! Aquo ! Excès de travail : il aurait essayé de soulever  la plume l’héritier après 4 précepteurs ? 

En 1691, on retrouve le soldat ‘ Sans Regret’ qui, en garnison à Nice, se mettra à pleurer devant un cuisinier qui portait un bassin d’argent portant les armoiries des Bruns de Caille… Il avouera être Isaac, gentilhomme de Castellane, ayant réussi à échapper au joug de son père grâce à une soubrette…

3 ans après l’annonce de sa mort, en 1699, un ancien serviteur des Castellane reconnaîtra en Pierre Mège son seigneur Isaac sur les quais de Marseille. Pierre Mège est misérable, galérien malade, il essaye de gagner chichement sa vie en tant que colporteur vendant le baume de sa grand mère de Caille qui guérit des blessures et soulage les douleurs. Devenir Isaac Brun de Castellane est une bonne aubaine. Il se rend à Manosque se faire reconnaître de sa nourrice qui trouve bien grandi le ‘pitchoun’… Dans toutes les tavernes du port, il va claironner son identité.

Isaac n’a pas sur les mains les stigmates des rameurs de galère mais Pierre Mège s’il est bien marin n’a jamais pris la mer car dès l’annonce d’un départ en mer il est atteint du ‘mal caduc’ , une crise d’épilepsie… Pierre Mège ne peut être fils de galérien, il n’a rien d’un paysan : fluet, pâle de teint, délicat d ‘épiderme avec quelque chose de féminin dans la voix et dans l’allure… mais , sa mère n’avait – elle pas servi la famille de Caille dans sa jeunesse ? Mège est vulgaire : il jure, il tempête, il injurie, il s’exprime dans un argot de corps de garde qu’il assaisonne de mots du terroir, ne sait pas signer de son nom. Peut – on reconnaître en lui un gentilhomme ? Mais tout cela n’est pas étonnant chez l’ être attardé qu’est Isaac, un faible d’esprit qui ne put jamais apprendre à lire…

2 procès s’ensuivront un devant le Parlement d’Aix qui lui ‘rendra son honneur’, un devant le Parlement de Paris où il perdra tout en 1707 : aucune des deux nourrices si ardentes à décrire le moindre signe auxquels elles prétendaient reconnaître le nourrisson dans

l’homme, n’avait fait allusion au fait que ce beau ténébreux n’avait de masculin que le costume :’Testiculus unus, testiculus nullus’. Adieu Seigneuries ! Adieu chasses, chevaux et châteaux ! L’éphémère Seigneur de Caille retombe dans la plus vile roture.

Epuisé par huit années de prison et les cinq années de liesse et de prodigalités, le malheureux qui pour les uns était un aventurier , et pour d’autres faisait figure d’une illustre victime, ce personnage ambigu, mystérieux, mourut en prison en emportant avec lui le mystère de son origine. Qui était le héros de cette ténébreuse aventure ? Etait-ce Pierre Mège ? Etait-ce le fils de Caille ? On parla bien des soirs encore à la veillée de cette étrange affaire : on aimait l’aventure picaresque du soldat de galère qui avait réussi à passer pour un grand seigneur…

 

 

                                                                    Texte de SUSINI/MARIANI  Nadine

ISAAC

©Mariani Nadine

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